Le point avec le psychiatre Marc Valleur, chef du service de soins aux toxicomanes de l'hôpital Marmottan et spécialiste des addictions.
La loi adoptée par les députés a pour but de réguler le phénomène des paris en ligne. L'objectif est de canaliser l'offre en l'encadrant, en espérant que les internautes choisiront les sites réglementés. Mais cette accessibilité facilitée peut également générer des addictions potentiellement dangereuses.
Il existe deux modèles comportementaux qui motivent les adeptes des jeux d'argent : le rêve et la sensation.
Dans le modèle du rêve, entre le moment T où le joueur parie, et celui où il reçoit le résultat, il a l'espoir de décrocher le gros lot et de pouvoir radicalement changer de vie. C'est le film que le joueur se fait entre ces deux moments qui motive l'acte de jouer. Ce modèle n'est pas addictif.
Le second modèle repose essentiellement sur la sensation que procure le fait de jouer. Tout fonctionne sur un mode hypnotique (machines à sous, ambiance de paris hippiques, clubs de poker), où la sensation prime. Là, la perte de contrôle est facile et les joueurs peuvent devenir dépendants.
La légalisation des sites est considérée comme un facteur aggravant de l'addiction car elle rend le jeu accessible immédiatement en l'absence de contrôle extérieur : deux facteurs qui contribuent à favoriser l'addiction.
Cette accessibilité supprime le temps de latence entre le désir compulsif et le passage à l'acte, jusqu'alors régulés par les casinos qui -avec leur cérémonial- imposaient certaines restrictions.
D'autre part, il n'y a plus de garde-fou extérieur. Seul devant son écran, le dérapage peut donc s'effectuer en roue libre !
Il existe 3 grandes raisons à l'addiction aux jeux d'argent : culturelle, familiale et l'automédication.
Chez certaines personnes, les jeux d'argent font partie d'un rituel. Le tiercé, loto ou partie de poker sont devenus une habitude hebdomadaire rarement remise en cause.
Pour d'autres, elle s'inscrit dans un désir inconscient de transgression. La sensation de franchir la ligne jaune, de défier l'autorité et de risquer gros donne le vertige, tant recherché. Ces joueurs sont pour la plupart des hommes, y compris des jeunes.
Et enfin, le jeu sert d'automédication. En générant certains neurotransmetteurs, le joueur oublie ses soucis et trompe son ennui. Ce sont des femmes, principalement, seules ou de plus de cinquante ans qui entrent dans cette catégorie.
Prévenir les addictions est difficile, car elle ne se décèle bien souvent qu'une fois déclarée. Les patients consultent parce qu'ils ont besoin d'aide, qu'ils souffrent de ne pas pouvoir s'arrêter et que les conséquences sur leur vie sont de nature négative.
Toutefois, on peut informer pour faire de la prévention.
La hausse du comportement addictif est prévisible, d'une part à cause de la publicité faite autour des jeux d'argent et d'autre part à cause de la forte attractivité de ces nouveaux sites, grâce au talent de leurs concepteurs.
Pour une réelle efficacité, il faudrait mettre en place une politique de prévention et de lutte globale en matière d'addiction aux jeux, semblable à celle mise en place contre l'obésité.
Pour en savoir plus LIVRES :
« Le jeu pathologique ». Marc Valleur. Christian Buchet. Ed. Armand Collin.
« Les pathologies de l'excès » : Marc Valleur. Jean Claude Matysiak. Ed. Lattès.
